Aujourd’hui, c’est la Journée internationale des droits des femmes.

En cette occasion importante, nous souhaitons revenir sur une réalité trop souvent ignorée : les femmes ne sont pas seulement victimes de l’autoritarisme et des conflits, elles sont aussi parmi les principales artisanes de la résistance démocratique et de la reconstruction communautaire. Partout dans le monde, les femmes sont touchées de manière disproportionnée par la répression. La violence sexuelle en est l’une des formes les plus visibles, mais l’intimidation, la détention arbitraire et les déplacements forcés sont fréquemment utilisés pour réduire au silence les militantes et affaiblir les mouvements collectifs.

Pourtant, bien qu’elles soient parmi les premières cibles de la violence, les femmes peinent à accéder aux espaces de décision, notamment dans les institutions politiques et les processus de consolidation de la paix.

Car l’écart est saisissant. Au 12 septembre 2025, seuls 29 pays sur près de 200 sont dirigés par des femmes. Par ailleurs, dans 111 États, les parlements comptent moins de 30 % de femmes parmi leurs membres. Ces chiffres révèlent un déséquilibre structurel : les femmes jouent souvent un rôle central dans la mobilisation civique et la protection des communautés, mais restent exclues au moment où le pouvoir est redistribué. Or, les données sont claires : la participation des femmes n’est pas seulement symbolique, elle est avant tout transformatrice. Il existe une corrélation entre le leadership féminin et l’amélioration de la gouvernance démocratique. Dans les contextes post-conflictuels où des quotas augmentent rapidement la représentation des femmes (par exemple, le Rwanda dépassant 50 % de femmes parlementaires), des enquêtes comparatives montrent qu’une représentation féminine plus élevée est associée à une plus grande confiance du public envers le parlement, indicateur clé de la légitimité institutionnelle. Dans les processus de consolidation de la paix, l’implication des femmes est également associée à des résultats plus durables. Des recherches compilées par ONU Femmes indiquent que les processus de paix impliquant des femmes sont liés à une probabilité 20 % plus élevée que les accords durent au moins deux ans, et 35 % plus élevée qu’ils durent quinze ans.

Leur rôle crucial est visible dans les récentes luttes démocratiques. En Iran, le mouvement « Femme, Vie, Liberté » a émergé comme un soulèvement décentralisé, largement coordonné via les réseaux sociaux malgré les restrictions internet. Les femmes ont mené des manifestations pacifiques suivies par des étudiants et des jeunes, transformant les rues, les écoles, les universités et les transports en commun en espaces de désobéissance civile. Le mouvement était explicitement ancré dans les droits des femmes et a été confronté à une répression sévère : surveillance policière, surveillance électronique et persécution judiciaire.

Au Bélarus, après l’élection contestée de 2020, les femmes sont devenues le visage et l’infrastructure de la contestation. L’opposition s’est incarnée dans des figures telles que Sviatlana Tsikhanouskaya, Maria Kalesnikava et Veronika Tsepkalo, qui ont reçu le Prix Sakharov aux côtés du reste de l’opposition en 2020, tandis que la mobilisation de terrain a développé des répertoires d’action originaux, dont les désormais célèbres « chaînes de solidarité féminines ».

À Fondemos, nous croyons que la Journée internationale des droits des femmes n’est pas seulement un moment de célébration, mais aussi un appel à l’action. La démocratie et la paix ne peuvent se construire sans les femmes. Il est temps de mettre en place des mécanismes et des financements pour que la voix des femmes soit entendue et que leur leadership soit pleinement intégré dans les processus qui façonnent notre avenir.

Kaja Kallas, Christine Lagarde et Claudia Sheinbaum illustrent chacune une forme de leadership qui remet en cause le vieux réflexe selon lequel l’autorité doit ressembler à la domination. Dans des arènes très différentes (la sécurité et la diplomatie pour Kallas, la gouvernance monétaire pour Lagarde, le pouvoir exécutif national pour Sheinbaum), elles projettent stature et force sans agressivité. Leur fermeté est ancrée dans le sens de l’action, la clarté et la responsabilité, plutôt que dans l’intimidation. Ce qu’elles partagent, c’est une capacité à traduire la complexité en choix intelligibles, à construire leur légitimité par l’explication et la cohérence, et à rendre la force compatible avec la retenue. Leur leadership est aussi inclusif par conception : il repose sur la construction de coalitions, la crédibilité institutionnelle et l’attention au tissu social, car les décisions durables sont celles que la société peut comprendre et s’approprier.

Dans un monde où les femmes restent centrales dans la mobilisation civique mais sont encore trop souvent absentes au moment où le pouvoir est redistribué, ces trajectoires nous rappellent que la représentation n’est pas symbolique : elle élargit le répertoire du leadership lui-même. Ces femmes montrent que diriger peut signifier fixer le cap, protéger les normes démocratiques et produire des résultats tout en maintenant la porte ouverte au dialogue et à l’adhésion collective : le type de participation transformatrice que Fondemos appelle de ses voeux. Leur impact ne découle pas du fait que ces femmes seraient des exceptions, mais du fait que les institutions restent inégalitaires ; élargir l’accès au leadership n’est donc pas seulement une question d’équité, mais aussi un moyen de renforcer la légitimité démocratique et la résilience institutionnelle.