REGARDS DE FONDEMOS

L’absence de la Birmanie au Shangri-La Dialogue 2026 n’est pas une omission mais un signal diplomatique : l’agenda international considère progressivement la junte de Min Aung Hlaing comme un statu quo gérable.

En trois jours, quarante délégations, cinquante-quatre intervenants de rang ministériel et plusieurs sessions plénières, la Birmanie a été nommée une seule fois, par un seul chef d’État. Seul le Président du Timor-Leste, José Ramos-Horta, a osé qualifier la guerre civile de « tâche sur le catalogue autrement impressionnant des succès de l’ASEAN ».

Chaque autre voix de l’ASEAN, y compris le Secrétaire général du bloc lui-même, a invoqué la « centralité », principe selon lequel l’ASEAN doit rester le pivot diplomatique de la sécurité régionale, sans nommer ce qui la détruit. Le Dr Kao Kim Hourn a lui-même averti que « la centralité sans unité est une affirmation creuse », présentant ces deux valeurs comme des principes à préserver contre les pressions extérieures, mais n’a rien dit de la guerre interne qui les creuse le plus activement. Du côté de Washington, Pékin, Tokyo, Canberra, Delhi : le silence.

Ce silence n’est pas neutre. Il suit de près les élections truquées de 2025-2026 de la junte, qui ont confié la présidence à Min Aung Hlaing tandis qu’Aung San Suu Kyi demeure emprisonnée. Couplé à l’exclusion de la junte du sommet de Cebu quelques semaines plus tôt, il produit un régime hybride oscillant entre ostracisme formel et normalisation pratique.

La quatrième session plénière a discuté des scam centers, des métamphétamines, du trafic d’êtres humains et des flottes fantômes sans mentionner le pays d’où ces flux proviennent. La cause est occultée tandis que ses effets sont énumérés.

Le Five-Point Consensus, le cadre minimal du bloc depuis 2021, n’a pas été cité une seule fois. La rhétorique est brutale. Plus la « grande paix » sino-américaine progresse en surface, plus les conflits périphériques disparaissent de l’agenda des sommets, bien qu’ils s’intensifient sur le terrain.

Pour la junte, pour Pékin, pour Moscou, ce vide est une victoire silencieuse.

Il prive le National Unity Government (NUG), la résistance ethnique et la société civile birmane de la seule scène régionale annuelle où Washington, Tokyo, Canberra, Delhi et l’ASEAN convergent. 

La voix du Président du Timor oriental ne doit pas rester isolée.