REGARD DE FONDEMOS

L’équipe de Fondemos a eu l’honneur d’être invitée au Copenhagen Democracy Summit mardi dernier : une journée dense, des intervenants de qualité, et quatre axes centraux : la défense européenne et son autonomie stratégique, la guerre en Ukraine, les dynamiques transatlantiques, le rôle de l’IA dans la démocratie.

La centralité de la question états-unienne, a néanmoins laissé dans l’ombre plusieurs sujets essentiels, plus éloignés des préoccupations européennes immédiates, mais qui en disent long sur la manière dont la démocratie est aujourd’hui pensée à l’international.

Deux angles morts, d’abord. L’absence quasi totale d’intervenants du continent africain, alors même que beaucoup des luttes démocratiques contemporaines y prennent forme. Et une lecture systématiquement américano-centrée de ces luttes à l’échelle mondiale. Malgré des prises de parole puissantes de figures reconnues du World Liberty Congress, l’iranienne Masih Alinejad, le vénézuélien Leopoldo López et la cubaine Carolina Barrero, la même impression revenait : celle d’une centralité américaine difficilement contournable dans la lutte pour la démocratie.

Sur le diagnostic, pourtant, peu de désaccord. Fondemos partage largement les constats énoncés sur scène. Anders Fogh Rasmussen, président de l’Alliance of Democracies, l’a posé clairement : « le nouveau champ de bataille, c’est la désinformation et la déstabilisation ». Francis Fukuyama a tenu une ligne convergente : « il existe une alliance des autocraties ; les démocraties doivent s’allier, sans quoi elles seront éliminées une à une ».

Là où le regard de Fondemos diverge, c’est sur la réponse à construire. À travers le choix des pays cités et la tonalité des interventions, plutôt accommodantes envers l’influence américaine, se dessinait en creux une même solution : convaincre les États-Unis qu’ils ont intérêt à redevenir le moteur du camp démocratique.

Or, si les luttes démocratiques se feront difficilement sans Washington, elles ne peuvent davantage se construire dans le sillage d’un seul acteur hégémonique. L’alliance des démocraties doit être pensée comme une alliance, justement, et non comme une unipolarité américaine vers laquelle les autres pays et mouvements graviteraient.

S’il doit exister une coalition of the willing democracies, encore faut-il s’assurer qu’il s’agit de démocraties véritables, et que l’agenda qui les rassemble est construit ensemble plutôt qu’imposé par un seul.

Comme l’a rappelé Leopoldo López : « nous avons créé le World Liberty Congress pour œuvrer ensemble contre les autocrates ». Pas pour servir les intérêts d’un seul. C’est cette nuance qu’il faut tenir.