Étude de cas Mai 2025

Printemps de Prague & Révolution de velours

« On ne devient pas \"dissident\" parce qu'on décide un jour d'embrasser cette carrière si particulière. On y est poussé par son sens personnel des responsabilités, combiné à un ensemble complexe de circonstances extérieures.»

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I. INTRODUCTION

La deuxième partie du XXème siècle en Europe centrale et orientale est le théâtre de bouleversements politiques majeurs. Peu après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, un « rideau de fer » s’abat sur l’Europe, divisant les pays d’obédience atlantiste de ceux sous le giron soviétique. Les pays d’Europe de l’Ouest se développent et ceux du Sud parviennent à trouver un chemin vers la démocratie. Pendant ce temps, l’Europe de l’Est reste figée dans l’ombre soviétique. L’URSS s’attache à réprimer chacune des pulsions démocratiques des pays de l’Est. Parmi celles-ci, le Printemps de Prague et la Révolution de velours, à la fois complémentaires et bien distincts, et qui nous offrent un certain nombre d’enseignements. Alors que l’une résulte d’un bouleversement interne qui, initialement, n’inquiétait pas particulièrement l’URSS, l’autre est issue d’une multitude de facteurs tant internes qu’externes. En 1968, 10 ans après l’établissement d’une république socialiste, un nouvel homme s’installe au poste de Premier Secrétaire du Parti communiste tchécoslovaque avec pour ligne directrice une nouvelle politique, le “ socialisme à visage humain ”. Après 8 mois au pouvoir et bon nombre de réformes libérales, Alexander Dubček voit les chars de l’armée rouge entrer à Prague et mettre fin au Printemps de Prague. Il faudra attendre plus de 20 ans pour voir l’étau soviétique en Tchécoslovaquie à nouveau déboulonné. En novembre 1989, à la suite de mouvements sociaux particulièrement importants, le parti unique renonce au pouvoir. Il ouvre alors la voie de la démocratie aux deux figures clés de cette Révolution dite « de velours » : Vaclav Havel et Alexander Dubček. Ces événements, initiés par des citoyens ordinaires avec l’appui d’une intelligentsia progressiste, et menés avec une détermination pacifique, ont prouvé qu’il est possible de renverser des régimes autoritaires sans effusion de sang.

II. CONTEXTE HISTORIQUE ET POLITIQUE DU PRINTEMPS DE PRAGUE

La Tchécoslovaquie sous influence soviétique

Les débuts sanglants du communisme

Un parti unique, le Parti communiste Tchécoslovaque (KSČ), est mis en place à la suite du Coup de Prague et du renversement de la fragile Troisième République en 1948. Rapidement, l’influence soviétique en Tchécoslovaquie se manifeste par le refus de Moscou de permettre la participation tchécoslovaque au Plan Marshall.

Klement Gottwald
Klement Gottwald
Pendant les années 1950, Klement Gottwald, alors Secrétaire Général du Parti Communiste, soutient des politiques de purges similaires à celles observées en Union Soviétique sous le règne de Joseph Staline. Ces purges atteignent leur point culminant en 1952 avec le Procès de Prague, où Ridolf Slansky, le principal opposant de Gottwald, est condamné à mort. L’objectif de cette purge est de montrer à Staline l’étendue de l’influence de Gottwald, qui évince bon nombre de hauts cadres du KSČ et assoit ainsi son pouvoir.

Vers un discret assouplissement

Après la mort de Gottwald en 1953, Antonín Novotný prend la tête du KSČ où il restera jusqu’en 1968. Dans le contexte de la disparition de Staline, il peut entreprendre un processus de déstalinisation modéré en réhabilitant des victimes du procès de Prague de 1952. Dans la même lignée, il entreprend des réformes économiques pour modérément libéraliser l’économie tchécoslovaque en difficulté (stagnation de la production industrielle, retard dans le secteur agricole). En revanche, il n’intervient pas réellement en ce qui concerne les fondements du régime politique (maintien du parti unique et de la répression des opposants). Malgré ses efforts pour se démarquer de l’ère Gottwald, Novotný reste perçu comme une figure de la vieille garde stalinienne. Les actions du KSČ sont même régulièrement ressenties comme plus dures que les politiques des dirigeants soviétiques (Khrouchtchev d’abord et Brejnev ensuite). Les aspirations pour une réforme deviennent de plus en plus pressantes à mesure que l’intelligentsia et les jeunes générations du KSČ réclament des politiques plus libérales et moins soumises à l’influence soviétique. Ceci mène finalement au Printemps de Prague en 1968, un mouvement qui symbolise la volonté de la Tchécoslovaquie de s’éloigner de l’orthodoxie soviétique et de rechercher une voie plus indépendante et démocratique.

Un socialisme à visage humain

Le printemps de Prague

La période au pouvoir d’Alexander Dubček, connue sous le nom du Printemps de Prague, a marqué un tournant significatif dans l’histoire de la Tchécoslovaquie. Il devient Secrétaire Général du KSČ en 1968 à la suite de divisions internes du parti poussant Novotný vers la sortie. Malgré l’appel à l’aide de ce dernier au dirigeant soviétique Léonid Brejnev, Dubček est appuyé par Brejnev qui constatait la forte opposition autour de Novotný au sein du parti.

Alexander Dubček
Alexander Dubček
Dubček entreprend une politique de «socialisme à visage humain». Les réformes qu’il entreprend visent à assouplir le contrôle du Parti communiste sur la société et à instaurer des libertés fondamentales. Il promeut la liberté de la presse, la liberté d’expression, la liberté de circulation. Il démocratise la vie politique et encourage la décentralisation de l’économie. Il initie l’élaboration d’une Constitution établissant l’égalité des États tchèques et slovaques au sein d’une république fédérale. Tout en maintenant les principes fondamentaux du socialisme, il tente ainsi d’ouvrir le pays en faveur de la démocratie. Cette ère de libéralisation, bien qu’éphémère, a suscité de grands espoirs au sein de la population tchécoslovaque, qui aspirait à plus de liberté.

La réaction soviétique

Les politiques libérales de Dubček ne tardent pas à irriter les dirigeants soviétiques qui lui adressent des avertissements à plusieurs reprises. Un accord est atteint début août 1968 où Dubček réaffirme sa loyauté aux dirigeants soviétiques et son allégeance au Pacte de Varsovie. A ce moment, Dubček pense impossible une intervention militaire en Tchécoslovaquie. Pourtant, dans la nuit du 20 au 21 août 1968, l’opération Danube conduit à l’invasion de la Tchécoslovaquie par les forces armées de cinq des puissances du Pacte de Varsovie. Cette invasion ne se voit opposer aucune résistance militaire. Toutefois, les citoyens s’engagent en grand nombre dans d’importantes manifestations. Pour organiser celles-ci, la radio fût un atout clé en continuant à diffuser librement les informations sur l’invasion. Celle-ci a en outre conduit à une vague migratoire significative, avec l’émigration immédiate de 70 000 tchèques.

L'indignation

À l’étranger, l’Occident s’indigne unanimement mais les réactions prennent des formes diverses. Les États-Unis s’insurgent du caractère militaire de l’opération. Des pays de la sphère d’influence russe dénoncent à demi-mot l’opération. D’autres pays qui tentent d’apaiser leurs relations avec l’URSS restent sobres dans leurs critiques (la France par exemple). Surtout, la portée symbolique de cette intervention et les conséquences qu’elle aurait dans le contexte tchécoslovaque ne furent pas assez mises en avant. Même au sein du bloc soviétique certains États comme la Roumanie, pourtant dans la sphère d’influence russe, condamnèrent cette intervention. En Tchécoslovaquie, la réaction populaire est massive. Dans le même temps, Dubček, qui jouit d’une grande influence, appelle la population à ne surtout pas prendre les armes. L’archéologue français Jean-Paul Demoule décrit la mobilisation de la manière suivante : « J’ai traversé des villages, il y avait des tanks un peu partout. (…) et toute la population qui discutait et qui, non pas insultait, mais engueulait si j’ose dire les tankistes. Ce n’était pas une atmosphère de terreur. C’étaient des débats évidemment extrêmement orageux. J’ai entendu une fois des soldats russes qui disaient : ‘Mais nous venons vous délivrer, on nous a expliqué qu’il y avait 40 000 soldats américains et ouest-allemands déguisés en touristes’. Ils étaient très étonnés d’être aussi mal reçus alors qu’ils pensaient qu’ils venaient délivrer.__» Face au mouvement populaire d’ampleur et par peur d’une escalade des tensions, l’URSS est contrainte d’attendre avril 1969 pour limoger Alexander Dubček. Gustav Husak est alors installé à son poste, et engage une politique renouant avec les dirigeants soviétiques.

La répression au visage humain

La politique dite de « normalisation » a conduit à une purge au sein du KSČ avec l’éviction de 320 000 membres. Les médias ont été strictement censurés. De nombreux dissidents, intellectuels, étudiants, et autres opposants politiques ont été arrêtés, emprisonnés, ou contraints à l’exil. Cette purge quoique marquée par des actes de répressions violents (usage d’un char contre une foule), reste moins sanglante que celle entreprise sous l’ère Gottwald. Dans un article pour Le Monde en 1979, le journaliste Bernard Féron qualifiait cyniquement celle-ci de « répression à visage humain », ayant pour particularité de refreiner avec efficacité les pulsions démocratiques. Le philosophe slovaque Milan Šimečka développe l’analyse que « la violence civilisée a réduit à néant toute audace de pensée, toute envie de critique et toute détermination à défendre une vérité reconnue ». C’est ainsi que jusqu’en 1976, il n’y a pas de contestation significative de la normalisation ou du pouvoir. La première grande avancée intervient en 1976 avec la signature par bon nombre de personnalités de l’intelligentsia tchécoslovaque de la Charte 77 qui rassemble initialement 242 signataires. Même si cette charte est restée principalement confinée aux cercles intellectuels contrairement à la Solidarnosc polonaise, elle sert d’outil crucial dans sa force symbolique pour l’opposition. Recevant un soutien international significatif, la Charte 77 se transforme rapidement en un organe semi-officiel d’opposition contre le KSČ par laquelle les intellectuels, via des bulletins d’informations, transmettent leurs opinions sur le pouvoir en place.

Vaclav Havel et des manifestants commémorent la lutte pour la liberté et la démocratie au mémorial de Prague lors de la révolution de velours de 1989
Vaclav Havel et des manifestants commémorent la lutte pour la liberté et la démocratie au mémorial de Prague lors de la révolution de velours de 1989

III. DYNAMIQUES ET DÉCLENCHEURS DE LA RÉVOLUTION DE VELOURS

L'effet domino des révolutions pacifiques

L'URSS affaibli

La Révolution de velours, survenue en Tchécoslovaquie en 1989, ne peut être comprise sans prendre en compte le contexte des révolutions pacifiques qui l’ont précédées et influencées. Même si plusieurs régimes autoritaires de l’Europe du Sud se sont démocratisés, cela ne semble pas avoir impacté les régimes sous le giron soviétique. Le véritable élément déclencheur semble résider dans l’affaiblissement et le retrait militaire de l’URSS (février 1989) en Afghanistan. Celui-ci donne un message fort aux pays sous giron soviétique. Marqueur important, l’année 1989 a été caractérisée par une série de bouleversements politiques majeurs à travers l’Europe de l’Est, notamment en Pologne, en Hongrie et en Allemagne de l’Est, où les mouvements populaires ont réussi à renverser les régimes communistes en place. Ces événements ont eu un effet domino, renforçant l’espoir et la détermination des Tchécoslovaques à suivre le même chemin vers la démocratie. En Pologne, le mouvement Solidarnosc, dirigé par Lech Wałęsa, a joué un rôle crucial en obtenant des réformes politiques par des négociations pacifiques avec le gouvernement. Cette victoire a démontré qu’un changement pouvait être obtenu sans recourir à la violence mais bien par les urnes. En Hongrie, les communistes réformateurs cèdent à la pression de l’opposition et envoie un message symbolique en ouvrant les frontières avec l’Autriche, permettant ainsi à des centaines de citoyens de l’Allemagne de l’Est de fuir vers l’Ouest. Cet événement aussi appelé le « pique-nique pan européen » a fortement affaibli le régime est-allemand.

La chute du mur et la Révolution de velours

L’Allemagne de l’Est a été témoin de manifestations massives, notamment les manifestations de Leipzig, qui ont culminé avec la chute du mur de Berlin en novembre 1989. Cet événement symbolique a marqué un tournant décisif, montrant que le rideau de fer pouvait être levé. En Tchécoslovaquie, c’est surtout ce dernier évènement qui va provoquer des mouvements populaires. Le 17 novembre 1989, la répression violente d’une manifestation estudiantine à Prague a déclenché une série de manifestations de plus en plus importantes aboutissant à la démission, le 28 novembre 1989, du gouvernement. Cette série d’évènements sera plus tard appelée la « Révolution de velours ».

La société civile: l'émergence d'un nouveau protagonisme

Le travail en amont de la société civile

Les mouvements populaires de 1989 et principalement ceux de novembre ont conduit au renversement du pouvoir en place en Tchécoslovaquie. Ces manifestations sont portées par des figures charismatiques comme celle du dramaturge Vaclav Havel, pionnier de la Charte 77, qui mènera finalement la révolution à son terme. Durant les années 1980, la société civile s’est progressivement organisée et a gagné en influence, préparant le terrain pour le changement démocratique. L’érosion de la confiance dans le régime communiste, combinée à l’émergence de nouveaux leaders et à l’activation de réseaux dissidents, a permis à la société civile de devenir un acteur clé dans la transition vers la démocratie. Les années 1980 ont vu la multiplication des activités clandestines et des réseaux de solidarité qui ont renforcé la cohésion de la société civile. Des groupes de discussion, des publications « samizdat » (auto-publiées), et des événements culturels ont créé un espace de résistance et d’échange d’idées, échappant au contrôle strict de l’État. Ces initiatives ont permis de maintenir vivante la flamme de la contestation et de préparer le terrain pour une mobilisation plus large.

Une transition de velours

Durant la Révolution de velours, la société civile s’est rapidement organisée, formant des coalitions et des alliances pour coordonner les actions de protestation. Le Forum civique, fondé par Václav Havel et d’autres leaders dissidents, a joué un rôle central en canalisant les aspirations de la population et en négociant avec le gouvernement. Ainsi, le 10 décembre, Gustav Husak intronise la nouvelle coalition qui assurera l’intérim. Celle-ci illustre une diversité inédite dans le paysage politique, regroupant des figures de divers horizons. Bien que cette Révolution de velours ait été soutenue par le peuple, elle a été facilitée par l’engagement de l’intelligentsia, bien implantée au moment de la transition. Cela a permis d’assurer un intérim pacifique sans besoin d’une purge.

Le pouvoir du pacifisme: la non-violence comme arme

L’originalité de la Révolution de velours réside dans son pacifisme. Même si les manifestations pacifiques ont longuement été réprimées, cela n’a pas eu pour effet de décourager les activistes qui ont poursuivi ces protestations nonviolentes. Le pacifisme a aussi permis de développer un facteur clé : renforcer la légitimité morale du mouvement. Dans le même temps, le pacifisme a contribué à modérer les répressions du pouvoir communiste qui n’a pas craint un renversement soudain. La non-violence a non seulement attiré un soutien massif de la population, mais elle a aussi gagné la sympathie de l’opinion internationale. Les médias du monde entier ont couvert les manifestations pacifiques en Tchécoslovaquie, créant une pression internationale sur le régime communiste pour qu’il engage des réformes. De plus, la non-violence a empêché le gouvernement de justifier une répression militaire sévère, car toute action violente contre des manifestants pacifiques aurait été largement condamnée. C’est par exemple le cas du 17 novembre 1989 où à Prague, lors d’une manifestation étudiante, la police a violemment réprimé les participants, blessant de nombreux manifestants. Cette violence a eu un effet boomerang, provoquant une vague d’indignation et de solidarité à travers tout le pays. Les leaders du mouvement, notamment Václav Havel et le Forum civique, ont appelé à des actions pacifiques et à la discipline parmi les manifestants. Cette approche non-violente a surtout favorisé une transition politique plus harmonieuse.

La répression alimente la révolution

La clé de l’impulsion démocratique de la Révolution de velours s’inscrit ainsi dans le contexte des révolutions pacifiques mais également dans celui d’un regain de la répression en Tchécoslovaquie. La « répression à visage humain » empêchait jusque-lors une véritable indignation populaire pouvant conduire à une révolution. Toutefois, cette révolution s’inscrit dans un cadre théorique plus large concernant la répression. La répression favorise et renforce les sentiments révolutionnaires, et protestataires, une thèse soutenue par de nombreux auteurs. En exposant la brutalité d’un régime autoritaire, la répression génère un soutien accru, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. L’exemple de la Charte 77 illustre cette dynamique, ses soutiens internationaux ayant contribué à sa survie. La surveillance de masse, la censure et les arrestations d’intellectuels ont, en fait, renforcé la motivation de certains et confirmé les convictions d’autres. Un exemple notable est celui de Václav Havel, qui, après plusieurs séjours en prison, est devenu le leader de la révolution sous la bannière du « Forum civique ». La figure et la nécessité d’un leader derrière lequel se regroupent les « impuissants » est par ailleurs le propos de son manifeste The Power of the Powerless. Il est surtout intéressant de faire un parallèle entre l’action de la Charte 77 à l’époque et des médias d’opposition aujourd’hui. Dans les deux cas, ils sont promoteurs d’opinions originales et permettent à la fois éveil des pensées et émancipation des raisons.

Rassemblement de protestation sur la place Venceslas, à Prague, en Tchécoslovaquie, pendant la révolution de velours en 1989.
Rassemblement de protestation sur la place Venceslas, à Prague, en Tchécoslovaquie, pendant la révolution de velours en 1989.

Leçons opérationnelles

01

Premièrement

Il faut bien comprendre l’impact des facteurs externes à la Tchécoslovaquie. Leur impact est non négligeable, suggérant qu’il n’est parfois que question de timing. D’un côté, le contexte international a fait office de baromètre des opportunités pour le peuple tchèque durant la Révolution de velours, qui s’inscrit dans un contexte plus global de révoltes contre les républiques communistes. Qui sait si cette révolution serait advenue sans la galvanisation qu’a eu la symbolique de la Chute du mur de Berlin sur le peuple tchécoslovaque ? D’un autre côté, l’intervention militaire du pacte de Varsovie, a autorisé la répression du Printemps de Prague sans opposition militaire tchécoslovaque. Ce dernier élément est important puisqu’il pose la question suivante : Que ce serait-il passé si la répression du Printemps de Prague avait fait l’objet d’une résistance militaire Tchécoslovaque ? Que ce serait-il passé si Dubček n’avait pas souhaité éviter des effusions de sang ?

02

Deuxièmement

Le rôle du peuple est un facteur dont il faut tenir compte. Le bouleversement en douceur du Printemps de Prague n’a pas été initié par le peuple mais directement par le KSČ. Toutefois, lors de la répression de ce dernier, le rôle du peuple dans la résistance a été primordial, poussant les dirigeants soviétiques à attendre huit mois pour remplacer Dubček par peur d’un soulèvement d’ampleur. En 1989, lors de la Révolution de velours, la pulsion démocratique émerge directement du peuple et aboutit. Cela suggère le rôle déterminant d’une initiative populaire.

03

Troisièmement

Dans une catégorie à part entre peuple et pouvoir, il existe l’intelligentsia des républiques communistes. En Tchécoslovaquie, elle a joué un rôle primordial dans la Révolution de velours. Elle n’était pas très impliquée lors du Printemps de Prague, ce qui peut suggérer son caractère déterminant dans la réussite de la seconde révolution. Organisée durablement à travers la Charte 77, l’intelligentsia tchèque a développé et préparé le renversement sur la durée assurant ainsi que le moment venu, la transition démocratique se ferait dans la douceur.

04

Quatrièmement

La Charte 77 a fait office de média officieux diffusant des opinions non-alignées avec le pouvoir en place. Ce rôle qu’elle tient dans les cercles intellectuels souligne le pouvoir des médias d’opposition. L’exemple de la radio libre lors du Printemps de Prague illustre bien ce point. Aujourd’hui, les nouveaux médiums d’information sont un outil crucial dans la diffusion d’informations à l’image du rôle qu’a joué la radio pour le Printemps de Prague ou la Charte 77 pour la Révolution de velours.

05

Finalement

D’un point de vue institutionnel, le Printemps de Prague semblait débuter sous de meilleurs auspices, étant initié par un bouleversement interne du parti. Cela laissait présager peu d’instabilité institutionnelle, or l’ingérence soviétique a eu raison de cette pulsion libérale. La Révolution de velours a, de son côté, renversé le pouvoir en place. Toutefois, avec l’appui d’une intelligentsia et de communistes réformistes bien renseignés, la transition démocratique s’est faite avec douceur ce qui n’a pas toujours été le cas dans d’autres pays. Par la suite, les deux pays issus de la dissolution de la Tchécoslovaquie ont conservé un pluralisme relativement important. Celui-ci était plus important qu’en Hongrie et Pologne, ce qui peut expliquer la dérive « illibérale » de ces derniers.

SOURCES

  • Arte (2021). Le Procès. Prague 1952 - Ruth Zylberman.
  • Ash, T. G. (2019). The Magic Lantern: The Revolution of ‘89 Witnessed in Warsaw Budapest Berlin and Prague. London: Atlantic Books. [First published 1990 as We The People. The Revolution of ‘89].
  • Havel, V. (1985). The Power of the Powerless. Dans J. Keane (Ed.), The Power of the Powerless: Citizens Against the State in Central-Eastern Europe (S. Lukes, Intro.), (P. Hutchinson).

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